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27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 09:13

Les évêques de France se sont  réunis en assemblée spéciale du 22 au 24 février  pour  réfléchir à la responsabilité de l’Église dans les crimes de pédophilie commis en son sein. C’est très bien que l’église aborde ce sujet sans tabou. Mais à suivre les média, ce drame ne semblait être que l’affaire de l’Eglise catholique !  L’affaire Duhamel suite à la sortie du livre La familia grande de Camille Kouchner a montré au grand public qu’il n’en était rien et qu’au contraire la pensée soixante-huitarde avait « légitimé » cette pratique au nom du sacro-saint principe libertaire. Les deux textes ci-dessous, du philosophe et ancien ministre, Luc Ferry sur la pensée 68 et de la sexologue, Thérèse Hargot, sur l’absence des pères montrent les dégâts que peut faire une idéologie … même à l’intérieur de l’église.

EVR

  • Je comprends bien que les anciens soixante-huitards tentent aujourd'hui de dédouaner Mai 68 des dérives incestueuses et pédophiles dont l'actualité de ces derniers jours est hélas remplie. Reste que la vérité historique oblige à dire que c'est bien malgré tout dans le sillage du joyeux mois de mai et avec la bénédiction des autorités philosophiques les plus représentatives du gauchisme culturel de l'époque, que la pédophilie reçut les lettres de noblesse qu'elle avait perdues depuis Platon.

Quand paraissent au milieu des années 1970, dans Libération et dans Le Monde, des pétitions faisant l'éloge de la pédérastie, signées par des intellectuels comme Foucault, Sartre, Beauvoir, Deleuze, Barthes ou Châtelet, refuser d'y adhérer c'était prendre le risque de s'exclure du club des « vrais intellectuels », c'est-à-dire des intellectuels de gauche, « forcément de gauche », (…). On a oublié que la « pensée 68 » était globalement favorable à la pédérastie, qu'elle approuvait les délires de René Schérer et Guy Hocquenghem qui publient, en 1976, Co-ire (en latin : « aller ensemble », « coït » à la troisième personne du singulier...), un ouvrage agrémenté d'une pléiade de photos d'enfants nus qui faisait l'éloge du « rapt » : l'enfant n'étant pas la propriété privée des parents (petite référence à Marx), tout adulte a le droit, et même le devoir, ainsi plaidaient-ils, de l'enlever pour éveiller cette sexualité que la bourgeoisie occulte.(…)

On objectera que la pédophilie sévit dans tous les milieux et on aura raison, à ceci près que je ne connais aucune idéologie qui en fasse l'apologie en dehors de celle-là.

Aussi étrange que cela nous paraisse aujourd'hui, dans ce milieu et à cette époque, on pensait comme ça, de sorte qu'il fut pendant longtemps plus risqué d'y critiquer la pédophilie que d'en faire l'apologie. Ces prestigieux professeurs s'étaient emparés des thèses de Freud sur la sexualité infantile pour en tirer la conclusion absurde qu'il était du devoir des adultes de l'éveiller. Comme il était en outre « interdit d'interdire », il n'y avait plus à se gêner.

(extrait de la chronique de Luc Ferry dans Le Figaro du 4 février 2021)

 

  • La Familia grande n'est pas un livre sur l'inceste. C'est un livre qui interroge les mécanismes du silence qui entourent un inceste dans une famille. Nuance (…) Pourquoi, depuis la sortie du livre, se fourvoie-t-on à parler des violences sexuelles au sein des familles sans parler des raisons du silence ?(…) Pourquoi ne parle-t-on pas davantage de pédocriminalité puisque c'est de cela dont il s'agit, d'après les faits rapportés dans ce livre ? Peut-être, pour insister, une fois encore, sur le contexte familial.

Car l'inceste est une affaire d'interdit, de limite, de règle morale. Or, l'interdit, c'est précisément ce que cette famille soixante-huitarde affirmée rejette par conviction idéologique : « Il est interdit d'interdire. » Les limites entre les parents et les enfants, il n'y en a pas. La règle morale, il n'y en a qu'une : «Jouissez sans entraves.»

Et c'est là, il me semble, tout l'intérêt du livre. Camille Kouchner nous plonge dans l'intimité d'une famille où l'atmosphère libertaire règne en maître et l'inceste n'est pas seulement un fait, c'est un climat. Les détails abondent. De la nudité des parents et de leurs amis exposée avec arrogance et provocation devant les enfants (…) à l'organisation par la mère du « déniaisement » de son fils, jeune adolescent, par une de ses amies de vingt ans son aîné, (…), l'inquiétude de la mère exprimée à sa fille qu'elle soit encore vierge à 12 ans, les « pelles » roulées par des adultes aux enfants, ou encore la petite Camille qui masse, caresse les adultes, etc. C'est dans ce contexte particulier qu'Olivier Duhamel aurait abusé sexuellement du fils de sa femme. Il n'y a aucun repère. Il n'y a d'ailleurs pas leur père, «Bernard» comme il demande à se faire appeler. Le grand absent.

« Tu dois le comprendre. Médecin, il a choisi de sauver les autres enfants. Pas les siens» dit « Évelyne » à sa fillette.

Le plus intéressant dans ce récit, à mon sens, c'est la conviction qu'à ressenti Victor, le frère abusé, que l'acte sexuel imposé par son beau-père n'était pas juste. Et quand il raconte les faits à sa sœur jumelle, immédiatement et bien qu'ils ne soient encore que des adolescents, elle en est convaincue, elle aussi. La confusion qui régnait dans leur famille aurait dû les faire douter et ce d'autant plus qu'elle s'est fondée sur des idées élaborées par les intellectuels de l'époque. Ce qui signifie qu'une conscience morale existe, et qu'elle contredit l'idéologie.

Ce livre est une bombe. Il détruit nombre d'idées de la révolution sexuelle (…). Les faits relatés sont insupportables, certainement. Alors certains ont appelé, sur les réseaux sociaux, à dénoncer les incestes dans les familles. (…) Mais utiliser le témoignage d'une enfant élevée par des intellectuels d'une génération pour (…) en profiter pour augmenter la détestation des hommes (…) est un contresens. Pour certaines militantes, le mâle blanc dominant, c'est l'ennemi. La figure du père, celle à abattre pour détruire le fameux patriarcat qui serait à l'origine de la violence. Or justement, le récit de Camille Kouchner (…) témoigne d'une réalité toute contraire : l'absence cruelle de figure paternelle, d'un homme qui sécurise, qui protège en réaffirmant la loi : le permis et le défendu. Celui qui permet à la mère et l'enfant de sortir de la fusion, de la confusion. L'homme comme altérité. Où est-il cet homme-là ? C'est de lui dont nous avons plus que jamais besoin. (extrait de la tribune de Thérèse Hargot, dans Le Figaro du 12 février 2021)

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