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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 21:11

Gad

Gad Elmaleh confesse sa dévotion à la Vierge Marie

On ne connaissait pas cette face de l’humoriste. Gad Elmaleh est habité par la foi. Celle de sa religion juive, mais il est aussi très marqué par la Vierge Marie. C’est le sujet de son film « Reste un peu ».

Il arrive tout sourire au siège rennais du journal. On s’attend presque à une petite vanne sur le blond, l’homme parfait de ses spectacles, ou à une réplique culte de La vérité si je mens. Elles viendront plus tard, au fil de la conversation, et des déambulations au sein de la rédaction. Mais avec parcimonie.

Car aujourd’hui, là n’est pas l’essentiel. Ciel, il est même plutôt spirituel ! Gad Elmaleh, 51 ans, est venu parler de son dernier film Reste un peu . Une sorte d’Ovni intimiste et familial sur le thème de la religion. « J’avais envie d’aborder ce sujet qui crispe beaucoup notre société, où radicalité et laïcité s’affrontent sans fin. Moi je parle de foi. De mon cheminement. »

Une foi née au Maroc, au sein de la communauté juive de Casablanca, où vivait sa famille. « Là-bas, j’ai étudié à l’école talmudique, j’ai appris l’hébreu et l’araméen. Mais je dois bien l’avouer, si j’étais dans cette école, ce n’était pas un acte de pure religion. J’avais surtout été viré de beaucoup d’autres établissements plus classiques ! »

Mais l’un de ses souvenirs les plus marquants n’a pas grand-chose à voir avec la Torah. Loin de là. « Quand j’étais petit, à Casablanca, il y avait une grande maison blanche dans laquelle mes parents nous interdisaient d’aller. J’avais une petite copine musulmane pour qui c’était la même chose. Ses parents ne voulaient pas qu’elle pénètre dans cette grande bâtisse. On ne comprenait pas pourquoi. Alors forcément, un jour, avec ma sœur, on a poussé la porte ! »

Elle était lourde, en bois et grinçait un peu. « Comme dans un film ! J’ai fait quelques pas à l’intérieur. Il y avait un grand rayon de soleil qui éclairait des fenêtres colorées, une odeur agréable, un silence apaisant… » C’était une église où trônait une statue de la Vierge Marie.

En la regardant, quelque chose s’est passé… « J’étais très ému, j’ai pleuré. Je n’ai pas eu d’apparition (il rit) mais j’ai ressenti un truc qui, depuis, ne m’a plus quitté. Ma sœur, elle, est rentrée et sortie de cette église comme d’une boulangerie… Rien ! »

Plus tard, à l’âge adulte, Gad Elmaleh participera à un pèlerinage à Lourdes, s’inscrira à des cours de théologie au collège des Bernardins à Paris, fera des retraites dans des monastères. Pour un juif sépharade, il en connaît plus sur la religion catholique que bon nombre de pratiquants du dimanche. « Je trouve d’ailleurs que les catholiques sont souvent très discrets sur leur foi, alors que le message est beau et universel. »

Mais alors, Gad Elmaleh va-t-il se convertir ? C’est tout le postulat et le mystère de Reste un peu. Nous n’en dévoilerons pas la fin mais juste l’intention : à son retour des États-Unis, Gad revient vivre quelques jours chez ses parents (ils jouent leur propre rôle dans le film). Sa mère découvre une statue de la Vierge dans sa valise et devine son intention de se faire baptiser. Ce qui va la faire hurler : « tu veux changer de Dieu et bien change aussi de parents. Fais-toi adopter ! » Un cri du cœur.

Des rencontres rayonnantes

Le film est une quête profonde autour de la spiritualité, ponctuée de rencontres rayonnantes : le père Barthélémy, la sœur Catherine et la rabbine Delphine Horvilleur. Une fois de plus, l’intelligence et la clairvoyance de cette dernière font mouche lorsqu’elle évoque le parcours religieux de l’humoriste : « Tu seras toujours un homme en chemin. »

Et de l’humour, le film n’en manque pas. À la façon d’un chapelet, il égrène quelques perles. Comme lorsqu’un ami de Gad lui demande quel nom de baptême il choisira s’il va jusqu’au bout de sa démarche. Réponse : « Jean-Marie ». L’autre manque de tomber de sa chaise. « Mais ça fait Jean-Marie… Le Pen, ou Jean-Marie Bigard… »

La réalité est beaucoup plus profonde. Gad Elmaleh est très admiratif de Jean-Marie Lustiger. D’origine juive, il s’est converti au catholicisme avant de devenir archevêque de Paris. « Son histoire m’interroge et m’émeut : comment cet enfant issu d’une famille juive, séparé de ses parents lors de la Seconde Guerre mondiale, en arrive-t-il à demander le baptême à 14 ans ? Son existence nous parle du lien sans fin entre judaïsme et christianisme. »

L’heure avance, Gad Elmaleh doit repartir pour Paris. On a envie de lui dire « reste un peu » tant la conversation est riche et plaisante. En vérité, on vous le dit, ce gars-là cachait une facette de sa personnalité. Elle est brillante.

Ouest-France 

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