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14 avril 2006 5 14 /04 /avril /2006 11:37

   " Tous les mécanismes du monde, rien n 'est plus facile que d 'en croire Dieu absent. Ils ont cependant été supportés par Lui, en fait, à une certaine heure du temps humain, historiquement, devant des yeux de gens qui ont vu, sous des poings qui ont frappé et des bouches qui ont craché. Dieu s'est infligé, dans leurs inadaptations, et leurs injustices, tous les déterminismes de la terre, la passion, la souffrance, la mort, avant de nous les imposer…

 Il a pris le corps humain, la physiologie humaine, l 'économie de la pauvreté, les modes de vie des basses classes, l'ânesse pour luxe et la poussière des voyages à pied; le type social semi-nomade : pêcheurs et bergers, les plats de poissons et les pains d 'orge, le parasitisme de l'apostolat…

 On le coudoyait sans le connaître : - Qui c 'est ? – C'est chose…, chose, le fils de l'artisan à domicile. Vous savez bien, le "type" qui prêche entre les barques et les jardins. Il fait encore son bout d'effet sur les étrangers,mais, nous, on le connaît…

 Il a pris les catégories sociales de son temps et de son pays, les obligations rituelles, les codes pénaux, la forme des peines capitales, les images et récits d'un Israélite de Palestine, l'exposition de ses idées et de ses actes par des procédés d'innocents.

 Il a bronché, il est tombé, comme un autre. La pesanteur joue sur Lui. Pour Lui aussi; les pierres sont dures et les madriers lourds. Il a sué en travaillant.

 Il a sué du sang d'homme à Gethsémani, émis des exsudats humains sous le coup de lance du Calvaire. Le microscope ne s'y tromperait pas. Il a souffert avec des nerfs d'homme tous les détails d' une mort, la soif des hémorragies, l'immobilité terrible de la croix. Ses poumons ont jeté leur dernier soupir, comme pour tous les morts.

 Il a souffert avec son âme d'homme l'amertume des œuvres humaines brisées, l'accablement des grandes défaites, les rires de gens, les branlements de tête, ce ridicule sue ces dernières heures, tout ce qu'il goûtait déjà dans la lie du calice, à un jet de pierre des dormeurs. Sa mère lui pleurait sur les pieds.

 Il a subi les délaissements de son Père, l'apparent abandon de Dieu, la sécheresse et le désert des dérélictions absolues : cette croix sur la Croix, cette mort dans la mort…

 Il s'est fait paisible, mortel, très lentement connu.

 Jamais je ne contemplerai assez l'abîme de la Sainte Humanité de mon Dieu."

 

Malègue, " Augustin, ou Le maître est là "

 cité par Jean Ousset dans " Pour qu'Il règne ".

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