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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 17:37

 

Avec le caractère implacable d'une obsession, et par des mécanismes spirituels et psychologiques qui demeurent un mystère impénétrable, le Carême semble voué à la cohabitation avec le chocolat. L'avez-vous remarqué? Pour bon nombre de chrétiens, la démarche essentielle du Carême consiste dans la privation (ou la tentative de privation!) de cette friandise. Mais comment faisait-on avant là découverte de l'Amérique?

 Soyons sérieux, quand même! N'est-ce pas très sérieux de constater qu'au fond, le temps du Carême se résume à une démarche aussi limitée et, disons-le franchement, puérile? Serait-ce par pudeur et humilité que nous cacherions notre ascèse et notre « montée vers Jérusalem et le Golgotha » par de tel propos? Le chocolat serait comme ce parfum dont Notre-Seigneur demande de s'asperger afin de masquer le jeûne et les privations? Si c'était le cas, bravo pour cette humilité et cette discrétion tout évangéliques.

 Mais, hélas, ceci reflète d'abord l'idée que Carême rime avec privation et tristesse! « Il faut mourir» dit la légende noire. Or, on peut parler ici d'illusion, de phantasme, probablement suscité par l'Adversaire pour nous détourner subtilement d'une occasion privilégiée de grandir dans notre relation avec Dieu.

 Qu'est-ce donc que l'ascèse chrétienne?

 Saint Grégoire de Nysse nous le rappelle : « ... c'est la restauration en son état primitif de l'image de Dieu, cachée pour le moment sous la souillure de la chair... C'est revenir à ce qu'était le premier homme en son premier état de vie... parcourir en sens inverse les étapes par lesquelles nous sommes sortis du Paradis avec notre premier père» (1).

 Nous sommes ainsi remis dans la vraie direction. L'ascèse, démarche théologique et non morale, consiste à se détacher d'un fardeau qui nous empêche d'être nous-mêmes. C'est vider notre sac trop lourd pour marcher plus légèrement et plus facilement vers le but. Ce n'est donc pas une amputation qui nous arracherait quelque chose, mais l?acquisition d'une liberté. Qui ne souhaite marcher plus vite et plus sûrement vers Dieu?

 Ensuite, tout est affaire de vocation et de circonstances. Nul doute que la privation: de nourriture, dans un monde occidental gavé jusqu'à l'écoeurement, ne puisse constituer un pan important de la démarche de conversion. Pourquoi ne pas y inclure le chocolat, tout en reconnaissant que nous sommes soumis à bien d'autres esclavages et dépendances. Gardons au coeur la finalité essentielle: écarter les obstacles à l'amour de Dieu.

 Le père de Caussade, grand directeur spirituel du XVIIe siècle, invitait ainsi un de ses correspondants : «  Faites là-dessus ce que vous sentez et jugez avoir besoin, en [toute] simplicité, pourvu que les passions intérieures soient bien rangées à la patience, à la soumission et abandon total à Dieu, à la douceur et à l'humble support du prochain: voilà l'essentiel, voilà les vertus qui nous sauvent» (2).

 Abbé Hervé Benoît, prêtre du diocèse de Bourges

 avec l'autorisation du mensuel « La Nef », 2 cour des Coulons 78810 Feucherolles 

 (1) Grégoire de Nysse,  traité de la virginité, Paris, 1944, p. 90s.

 (2) J. P. de Caussade, Lettre 46 (éd. Olphe-Galliard)

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