Vu sur Facebook
Grâce à l’Amie Sophie Bastide-Foltz je me suis repenché sur l’#Inquisition en réponse à l’ignominie télévisuelle délivrée ce soir intentionnellement par ARTE, habituée du mensonge et du documentaire polémique.
Isambart Busquet
๐’๐๐ง๐ช๐ฎ๐ข๐ฌ๐ข๐ญ๐ข๐จ๐ง, ๐ญ๐๐ฅ๐ฅ๐ ๐ช๐ฎ๐ ๐ฅ๐๐ฌ ๐๐ซ๐๐ก๐ข๐ฏ๐๐ฌ ๐ฅ๐ ๐ฆ๐จ๐ง๐ญ๐ซ๐๐ง๐ญ
Du 29 au 31 octobre 1998, la Commission théologico-historique réunie au Vatican organisa un symposium international sur l’Inquisition.
Jean-Paul II reçoit les participants le 31 octobre. Il rappelle le passage de Tertio millennio adveniente sur « l’acquiescement donné, surtout en certains siècles, à l’intolérance et même à l’usage de la violence au service de la vérité ». Mais il pose une condition nette : ๐๐ซ๐๐ฃ๐ฉ ๐๐ ๐๐๐ข๐๐ฃ๐๐๐ง ๐ฅ๐๐ง๐๐ค๐ฃ, ๐๐ก ๐๐๐ช๐ฉ ๐๐ค๐ฃ๐ฃ๐๐ฬ๐ฉ๐ง๐ ๐ก๐๐จ ๐๐๐๐ฉ๐จ. ๐๐ ๐๐ค๐ก๐ก๐ค๐ฆ๐ช๐ ๐ฃ’๐๐จ๐ฉ ๐ฅ๐๐จ ๐ช๐ฃ๐ ๐๐ฅ๐ค๐ก๐ค๐๐๐. ๐พ’๐๐จ๐ฉ ๐ช๐ฃ๐ ๐๐ฃ๐ฆ๐ช๐ฬ๐ฉ๐ ๐’๐๐๐จ๐ฉ๐ค๐ง๐๐๐ฃ๐จ, ๐๐๐ฉ๐๐ค๐ก๐๐ฆ๐ช๐๐จ ๐๐ฉ ๐ฃ๐ค๐ฃ ๐๐๐ฉ๐๐ค๐ก๐๐ฆ๐ช๐๐จ, ๐๐๐ค๐๐จ๐๐จ ๐ฅ๐ค๐ช๐ง ๐ก๐๐ช๐ง ๐๐ค๐ข๐ฅ๐ฬ๐ฉ๐๐ฃ๐๐.
Guy Bedouelle, Agostino Borromeo et Jean-Pierre Dedieu forment le comité scientifique. Les actes, L’Inquisizione, édités par Agostino Borromeo, paraissent en 2003 à la Biblioteca Apostolica Vaticana, près de 800 pages, et sont présentés officiellement le 15 juin 2004.
Lors de la présentation du volume, Borromeo résume le constat des historiens : ๐ก๐ ๐ฉ๐ค๐ง๐ฉ๐ช๐ง๐ ๐๐ฉ ๐ก๐ ๐ฅ๐๐๐ฃ๐ ๐๐ ๐ข๐ค๐ง๐ฉ ๐ฃ’๐ค๐ฃ๐ฉ ๐ฅ๐๐จ ๐ฬ๐ฉ๐ฬ ๐๐ช๐จ๐จ๐ ๐๐ง๐ฬ๐ฆ๐ช๐๐ฃ๐ฉ๐๐จ ๐ฆ๐ช’๐ค๐ฃ ๐ก’๐ ๐ก๐ค๐ฃ๐๐ฉ๐๐ข๐ฅ๐จ ๐๐ง๐ช. Le colloque prenait l’institution dans son ensemble — médiévale, espagnole, portugaise, romaine — et non le seul Santo Oficio dont la légende noire a fait un symbole.
L’Inquisition n’est pas née en Espagne. Elle commence comme une procédure, l’inquisitio : le juge enquête d’office, sans attendre une accusation privée.
Innocent III puis Grégoire IX en font, au XIIIe siècle, un tribunal délégué par le pape, d’abord contre les cathares et les vaudois. Le Midi français en est le premier théâtre. Toulouse et Carcassonne deviennent les sièges majeurs. Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse de 1308 à 1323, laisse le registre le plus lisible : 930 sentences, 42 remises au bras séculier, soit environ 4,5 %. Le reste consiste en pénitences, pèlerinages, port de croix, prison. ๐ผ๐ฅ๐ง๐ฬ๐จ ๐ก’๐ฬ๐๐ง๐๐จ๐๐ข๐๐ฃ๐ฉ ๐๐ช ๐๐๐ฉ๐๐๐ง๐๐จ๐ข๐, ๐ก๐ ๐ฉ๐ง๐๐๐ช๐ฃ๐๐ก ๐๐ง๐๐ฃ๐ฬง๐๐๐จ ๐จ’๐ฬ๐ฉ๐๐ค๐ก๐. ๐๐ ๐๐๐ง๐ก๐๐ข๐๐ฃ๐ฉ ๐๐ ๐๐๐ง๐๐จ ๐๐ฃ๐๐๐๐ง๐ ๐ก’๐๐ฃ๐ฆ๐ช๐๐จ๐๐ฉ๐๐ช๐ง. ๐ผ๐ช๐ญ ๐๐๐๐ ๐๐ฉ ๐๐๐๐๐ ๐จ๐๐ฬ๐๐ก๐๐จ, ๐ก’๐๐ฬ๐ง๐ฬ๐จ๐๐ ๐ฅ๐ง๐ค๐ฉ๐๐จ๐ฉ๐๐ฃ๐ฉ๐ ๐ฅ๐๐จ๐จ๐ ๐จ๐ช๐ง๐ฉ๐ค๐ช๐ฉ ๐๐ช๐ญ ๐๐ค๐ช๐ง๐จ ๐ง๐ค๐ฎ๐๐ก๐๐จ. ๐๐ก ๐ฃ’๐ฎ ๐ ๐๐๐ข๐๐๐จ ๐๐ช ๐๐ฃ ๐๐ง๐๐ฃ๐๐ ๐’๐๐ฅ๐ฅ๐๐ง๐๐๐ก ๐๐ค๐ข๐ฅ๐๐ง๐๐๐ก๐ ๐๐ช ๐๐๐๐ฃ๐ฉ-๐๐๐๐๐๐ ๐๐จ๐ฅ๐๐๐ฃ๐ค๐ก.
L’Italie connaît la même strate médiévale, puis une refonte. En 1542, Paul III crée par Licet ab initio la Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle. C’est le Saint-Office, centralisé à Rome, avec des tribunaux à Venise, Modène, Sienne, Naples, Aquilée et ailleurs. Il vise d’abord le protestantisme italien, puis d’autres hétérodoxies. Sicile et Sardaigne relèvent de l’Inquisition espagnole. Andrea Del Col estime, après 1542, entre 51 000 et 75 000 procès formels et autour de 1 250 condamnations à mort. La dernière exécution romaine date de 1761.
Galilée n’est pas brûlé ; Giordano Bruno l’est, en 1600, comme quelques relaps et impénitents.
Pour la sorcellerie, le Saint-Office italien se montre plus retenu que les cours civiles du Saint-Empire ou de Suisse.
L’Inquisition espagnole, fondée en 1478 à la demande de Ferdinand et Isabelle, dépend de la Couronne autant que de Rome. Elle poursuit d’abord les conversos accusés de judaïser, puis les morisques, les luthériens, les bigames, les blasphémateurs, les sodomites.
Borromeo retient environ 125 000 procès ; près de 1 % des accusés sont exécutés.
Les relaciones de causas de la Suprema, pour 1540-1700, donnent 44 674 jugements, 826 exécutions en personne et 778 en effigie.
Henry Kamen situe autour de 2 000 les morts de la phase la plus dure, 1480-1530. Sur l’ensemble de l’institution, jusqu’en 1834, les estimations sérieuses se tiennent entre 3 000 et 5 000 exécutions en personne.
Les colonies — Mexique, Lima, Carthagène — ajoutent quelques dizaines de cas documentés, non des hécatombes.
Le Portugal installe son tribunal en 1536. Borromeo indique que 5,7 % des plus de 13 000 personnes jugées au XVIe siècle et au début du XVIIe sont condamnées à mort. Les autos-da-fé dépouillés par Fortunato de Almeida (1536-1794, listes incomplètes surtout pour Goa) totalisent 1 183 exécutions en personne, 663 en effigie et 29 611 pénitents. La prison, l’exil et les galères y sont, comme en Espagne, de loin plus fréquents que le bûcher.
๐๐๐ง๐ฉ๐ค๐ช๐ฉ, ๐ก๐ ๐จ๐๐๐ฬ๐ข๐ ๐๐จ๐ฉ ๐ก๐ ๐ข๐ฬ๐ข๐. ๐๐ ๐ฉ๐ง๐๐๐ช๐ฃ๐๐ก ๐๐๐๐ง๐๐๐ ๐’๐๐๐ค๐ง๐ ๐ก๐ ๐ง๐ฬ๐๐ค๐ฃ๐๐๐ก๐๐๐ฉ๐๐ค๐ฃ. ๐๐ฃ ๐๐๐จ๐ค๐ช๐ฉ, ๐ค๐ฃ ๐จ๐ช๐จ๐ฅ๐๐ฃ๐, ๐ค๐ฃ ๐๐ข๐ฅ๐ค๐จ๐ ๐ก๐ ๐จ๐๐ฃ๐๐๐ฃ๐๐ฉ๐ค, ๐ช๐ฃ๐ ๐๐ข๐๐ฃ๐๐, ๐ช๐ฃ๐ ๐๐ค๐ฃ๐๐๐จ๐๐๐ฉ๐๐ค๐ฃ, ๐ช๐ฃ ๐ฉ๐๐ข๐ฅ๐จ ๐๐ ๐๐๐๐๐ค๐ฉ, ๐ก๐๐จ ๐๐๐ก๐ฬ๐ง๐๐จ, ๐ก’๐๐ญ๐๐ก, ๐ก๐ ๐๐ค๐ช๐๐ฉ. ๐๐ ๐ฉ๐ค๐ง๐ฉ๐ช๐ง๐ ๐๐ญ๐๐จ๐ฉ๐, ๐ง๐ฬ๐๐ก๐๐ข๐๐ฃ๐ฉ๐ฬ๐, ๐๐ง๐ฬ๐ซ๐, ๐ง๐๐ง๐. ๐’๐๐ช๐ฉ๐ค-๐๐-๐๐ฬ ๐๐จ๐ฉ ๐ฅ๐ก๐ช๐จ ๐จ๐ค๐ช๐ซ๐๐ฃ๐ฉ ๐ช๐ฃ๐ ๐๐ฬ๐ง๐ฬ๐ข๐ค๐ฃ๐๐ ๐๐ ๐ง๐ฬ๐๐ฃ๐ฉ๐ฬ๐๐ง๐๐ฉ๐๐ค๐ฃ ๐ฆ๐ช’๐ช๐ฃ ๐ข๐๐จ๐จ๐๐๐ง๐. ๐๐ ๐ข๐ค๐ง๐ฉ ๐๐จ๐ฉ ๐ง๐ฬ๐จ๐๐ง๐ซ๐ฬ๐ ๐๐ช๐ญ ๐ง๐๐ก๐๐ฅ๐จ ๐๐ฉ ๐๐ช๐ญ ๐๐ข๐ฅ๐ฬ๐ฃ๐๐ฉ๐๐ฃ๐ฉ๐จ, ๐๐ฉ ๐’๐๐จ๐ฉ ๐ก๐ ๐ฅ๐ค๐ช๐ซ๐ค๐๐ง ๐จ๐ฬ๐๐ช๐ก๐๐๐ง ๐ฆ๐ช๐ ๐๐ญ๐ฬ๐๐ช๐ฉ๐.
Lอeอsอ cอoอuอrอsอ cอiอvอiอlอeอsอ dอeอ lอaอ mอêอmอeอ éอpอoอqอuอeอ pอeอnอdอeอnอtอ eอtอ éอcอaอrอtอèอlอeอnอtอ pอoอuอrอ bอiอeอnอ dอ’อaอuอtอrอeอsอ cอhอeอfอsอ,อ eอtอ eอnอ bอiอeอnอ pอlอuอsอ gอrอaอnอdอ nอoอmอbอrอeอ.อ
Les chasses aux sorcières d’Europe du Nord — 40 à 60.000 morts selon Wolfgang Behringer — relèvent surtout de juridictions profanes, souvent protestantes, non du Saint-Office.
La légende inverse vient d’ailleurs :
- des Polémistes protestants du XVIe siècle,
- de la propaganda anglaise après l’Armada,
- de l’ancien inquisiteur espagnol, Llorente, passé à l’anticléricalisme en 1817 avec ses 31 912 brûlés pour la seule Espagne,
- du XIXe siècle anticlérical : le chiffre enfle jusqu’aux centaines de milliers, parfois aux millions. Les archives ouvertes, y compris celles du Saint-Office à la fin du XXe siècle, ne soutiennent pas cette arithmétique.
En résumé :
• dans la France médiévale (exemple de Gui, 1308-1323) : 42 remises au bras séculier sur 930 sentences.
• En Espagne (1478-1834) : ~125 000 procès ; ~1 % d’exécutions selon le colloque de 1998 ; 826 morts en personne et 778 en effigie sur 44 674 causes de 1540-1700 ; 3 000 à 5 000 exécutions en personne sur trois siècles et demi.
• Au Portugal : 5,7 % de condamnations à mort sur 13 000 procès du premier âge ; 1 183 exécutions en personne recensées dans les autos connus (1536-1794).
• En Italie romaine (après 1542) : 51 000 à 75 000 procès formels ; environ 1 250 condamnations capitales.
• À Goa, au Mexique, au Pérou : quelques dizaines d’exécutions documentées par tribunal, pas des milliers.
• Ensemble des Inquisitions d’Église, du XIIIe au XIXe siècle : quelques milliers d’exécutions en personne, non des centaines de milliers.
Rien de cela n’efface les victimes, ni la terreur réelle des premières décennies espagnoles, ni le caractère d’un appareil d’État autant que d’Église. Le colloque de 1998, voulu par Rome pour le Jubilé, a seulement rendu ๐ข๐ฆ๐ฉ๐จ๐ฌ๐ฌ๐ข๐๐ฅ๐ ๐๐ ๐๐จ๐ง๐ญ๐ข๐ง๐ฎ๐๐ซ ๐ฬ ๐ฉ๐๐ซ๐ฅ๐๐ซ ๐๐ ๐ฅ’๐๐ง๐ช๐ฎ๐ข๐ฌ๐ข๐ญ๐ข๐จ๐ง ๐๐จ๐ฆ๐ฆ๐ ๐’๐ฎ๐ง๐ ๐ฆ๐๐๐ก๐ข๐ง๐ ๐ฬ ๐ญ๐ฎ๐๐ซ ๐๐๐ฌ ๐ฉ๐จ๐ฉ๐ฎ๐ฅ๐๐ญ๐ข๐จ๐ง๐ฌ ๐๐ง๐ญ๐ข๐ฬ๐ซ๐๐ฌ. Les chiffres, une fois les registres ouverts, sont obstinément modestes.
C’est cette réalité historique que la légende anti-catholique n’a jamais acceptée.
Sophie Bastide-Foltz
Vu sur Facebook ·