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Grâce à l’Amie Sophie Bastide-Foltz je me suis repenché sur l’#Inquisition en réponse à l’ignominie télévisuelle délivrée ce soir intentionnellement par ARTE, habituée du mensonge et du documentaire polémique.
Isambart Busquet
𝐋’𝐈𝐧𝐪𝐮𝐢𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧, 𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐫𝐜𝐡𝐢𝐯𝐞𝐬 𝐥𝐚 𝐦𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞𝐧𝐭
Du 29 au 31 octobre 1998, la Commission théologico-historique réunie au Vatican organisa un symposium international sur l’Inquisition.
Jean-Paul II reçoit les participants le 31 octobre. Il rappelle le passage de Tertio millennio adveniente sur « l’acquiescement donné, surtout en certains siècles, à l’intolérance et même à l’usage de la violence au service de la vérité ». Mais il pose une condition nette : 𝙖𝙫𝙖𝙣𝙩 𝙙𝙚 𝙙𝙚𝙢𝙖𝙣𝙙𝙚𝙧 𝙥𝙖𝙧𝙙𝙤𝙣, 𝙞𝙡 𝙛𝙖𝙪𝙩 𝙘𝙤𝙣𝙣𝙖𝙞̂𝙩𝙧𝙚 𝙡𝙚𝙨 𝙛𝙖𝙞𝙩𝙨. 𝙇𝙚 𝙘𝙤𝙡𝙡𝙤𝙦𝙪𝙚 𝙣’𝙚𝙨𝙩 𝙥𝙖𝙨 𝙪𝙣𝙚 𝙖𝙥𝙤𝙡𝙤𝙜𝙞𝙚. 𝘾’𝙚𝙨𝙩 𝙪𝙣𝙚 𝙚𝙣𝙦𝙪𝙚̂𝙩𝙚 𝙙’𝙝𝙞𝙨𝙩𝙤𝙧𝙞𝙚𝙣𝙨, 𝙘𝙖𝙩𝙝𝙤𝙡𝙞𝙦𝙪𝙚𝙨 𝙚𝙩 𝙣𝙤𝙣 𝙘𝙖𝙩𝙝𝙤𝙡𝙞𝙦𝙪𝙚𝙨, 𝙘𝙝𝙤𝙞𝙨𝙞𝙨 𝙥𝙤𝙪𝙧 𝙡𝙚𝙪𝙧 𝙘𝙤𝙢𝙥𝙚́𝙩𝙚𝙣𝙘𝙚.
Guy Bedouelle, Agostino Borromeo et Jean-Pierre Dedieu forment le comité scientifique. Les actes, L’Inquisizione, édités par Agostino Borromeo, paraissent en 2003 à la Biblioteca Apostolica Vaticana, près de 800 pages, et sont présentés officiellement le 15 juin 2004.
Lors de la présentation du volume, Borromeo résume le constat des historiens : 𝙡𝙖 𝙩𝙤𝙧𝙩𝙪𝙧𝙚 𝙚𝙩 𝙡𝙖 𝙥𝙚𝙞𝙣𝙚 𝙙𝙚 𝙢𝙤𝙧𝙩 𝙣’𝙤𝙣𝙩 𝙥𝙖𝙨 𝙚́𝙩𝙚́ 𝙖𝙪𝙨𝙨𝙞 𝙛𝙧𝙚́𝙦𝙪𝙚𝙣𝙩𝙚𝙨 𝙦𝙪’𝙤𝙣 𝙡’𝙖 𝙡𝙤𝙣𝙜𝙩𝙚𝙢𝙥𝙨 𝙘𝙧𝙪. Le colloque prenait l’institution dans son ensemble — médiévale, espagnole, portugaise, romaine — et non le seul Santo Oficio dont la légende noire a fait un symbole.
L’Inquisition n’est pas née en Espagne. Elle commence comme une procédure, l’inquisitio : le juge enquête d’office, sans attendre une accusation privée.
Innocent III puis Grégoire IX en font, au XIIIe siècle, un tribunal délégué par le pape, d’abord contre les cathares et les vaudois. Le Midi français en est le premier théâtre. Toulouse et Carcassonne deviennent les sièges majeurs. Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse de 1308 à 1323, laisse le registre le plus lisible : 930 sentences, 42 remises au bras séculier, soit environ 4,5 %. Le reste consiste en pénitences, pèlerinages, port de croix, prison. 𝘼𝙥𝙧𝙚̀𝙨 𝙡’𝙚́𝙘𝙧𝙖𝙨𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙙𝙪 𝙘𝙖𝙩𝙝𝙖𝙧𝙞𝙨𝙢𝙚, 𝙡𝙚 𝙩𝙧𝙞𝙗𝙪𝙣𝙖𝙡 𝙛𝙧𝙖𝙣𝙘̧𝙖𝙞𝙨 𝙨’𝙚́𝙩𝙞𝙤𝙡𝙚. 𝙇𝙚 𝙋𝙖𝙧𝙡𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙙𝙚 𝙋𝙖𝙧𝙞𝙨 𝙚𝙣𝙘𝙖𝙙𝙧𝙚 𝙡’𝙞𝙣𝙦𝙪𝙞𝙨𝙞𝙩𝙚𝙪𝙧. 𝘼𝙪𝙭 𝙓𝙑𝙄𝙚 𝙚𝙩 𝙓𝙑𝙄𝙄𝙚 𝙨𝙞𝙚̀𝙘𝙡𝙚𝙨, 𝙡’𝙝𝙚́𝙧𝙚́𝙨𝙞𝙚 𝙥𝙧𝙤𝙩𝙚𝙨𝙩𝙖𝙣𝙩𝙚 𝙥𝙖𝙨𝙨𝙚 𝙨𝙪𝙧𝙩𝙤𝙪𝙩 𝙖𝙪𝙭 𝙘𝙤𝙪𝙧𝙨 𝙧𝙤𝙮𝙖𝙡𝙚𝙨. 𝙄𝙡 𝙣’𝙮 𝙖 𝙟𝙖𝙢𝙖𝙞𝙨 𝙚𝙪 𝙚𝙣 𝙁𝙧𝙖𝙣𝙘𝙚 𝙙’𝙖𝙥𝙥𝙖𝙧𝙚𝙞𝙡 𝙘𝙤𝙢𝙥𝙖𝙧𝙖𝙗𝙡𝙚 𝙖𝙪 𝙎𝙖𝙞𝙣𝙩-𝙊𝙛𝙛𝙞𝙘𝙚 𝙚𝙨𝙥𝙖𝙜𝙣𝙤𝙡.
L’Italie connaît la même strate médiévale, puis une refonte. En 1542, Paul III crée par Licet ab initio la Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle. C’est le Saint-Office, centralisé à Rome, avec des tribunaux à Venise, Modène, Sienne, Naples, Aquilée et ailleurs. Il vise d’abord le protestantisme italien, puis d’autres hétérodoxies. Sicile et Sardaigne relèvent de l’Inquisition espagnole. Andrea Del Col estime, après 1542, entre 51 000 et 75 000 procès formels et autour de 1 250 condamnations à mort. La dernière exécution romaine date de 1761.
Galilée n’est pas brûlé ; Giordano Bruno l’est, en 1600, comme quelques relaps et impénitents.
Pour la sorcellerie, le Saint-Office italien se montre plus retenu que les cours civiles du Saint-Empire ou de Suisse.
L’Inquisition espagnole, fondée en 1478 à la demande de Ferdinand et Isabelle, dépend de la Couronne autant que de Rome. Elle poursuit d’abord les conversos accusés de judaïser, puis les morisques, les luthériens, les bigames, les blasphémateurs, les sodomites.
Borromeo retient environ 125 000 procès ; près de 1 % des accusés sont exécutés.
Les relaciones de causas de la Suprema, pour 1540-1700, donnent 44 674 jugements, 826 exécutions en personne et 778 en effigie.
Henry Kamen situe autour de 2 000 les morts de la phase la plus dure, 1480-1530. Sur l’ensemble de l’institution, jusqu’en 1834, les estimations sérieuses se tiennent entre 3 000 et 5 000 exécutions en personne.
Les colonies — Mexique, Lima, Carthagène — ajoutent quelques dizaines de cas documentés, non des hécatombes.
Le Portugal installe son tribunal en 1536. Borromeo indique que 5,7 % des plus de 13 000 personnes jugées au XVIe siècle et au début du XVIIe sont condamnées à mort. Les autos-da-fé dépouillés par Fortunato de Almeida (1536-1794, listes incomplètes surtout pour Goa) totalisent 1 183 exécutions en personne, 663 en effigie et 29 611 pénitents. La prison, l’exil et les galères y sont, comme en Espagne, de loin plus fréquents que le bûcher.
𝙋𝙖𝙧𝙩𝙤𝙪𝙩, 𝙡𝙚 𝙨𝙘𝙝𝙚́𝙢𝙖 𝙚𝙨𝙩 𝙡𝙚 𝙢𝙚̂𝙢𝙚. 𝙇𝙚 𝙩𝙧𝙞𝙗𝙪𝙣𝙖𝙡 𝙘𝙝𝙚𝙧𝙘𝙝𝙚 𝙙’𝙖𝙗𝙤𝙧𝙙 𝙡𝙖 𝙧𝙚́𝙘𝙤𝙣𝙘𝙞𝙡𝙞𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣. 𝙊𝙣 𝙖𝙗𝙨𝙤𝙪𝙩, 𝙤𝙣 𝙨𝙪𝙨𝙥𝙚𝙣𝙙, 𝙤𝙣 𝙞𝙢𝙥𝙤𝙨𝙚 𝙡𝙚 𝙨𝙖𝙣𝙗𝙚𝙣𝙞𝙩𝙤, 𝙪𝙣𝙚 𝙖𝙢𝙚𝙣𝙙𝙚, 𝙪𝙣𝙚 𝙘𝙤𝙣𝙛𝙞𝙨𝙘𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣, 𝙪𝙣 𝙩𝙚𝙢𝙥𝙨 𝙙𝙚 𝙘𝙖𝙘𝙝𝙤𝙩, 𝙡𝙚𝙨 𝙜𝙖𝙡𝙚̀𝙧𝙚𝙨, 𝙡’𝙚𝙭𝙞𝙡, 𝙡𝙚 𝙛𝙤𝙪𝙚𝙩. 𝙇𝙖 𝙩𝙤𝙧𝙩𝙪𝙧𝙚 𝙚𝙭𝙞𝙨𝙩𝙚, 𝙧𝙚́𝙜𝙡𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩𝙚́𝙚, 𝙗𝙧𝙚̀𝙫𝙚, 𝙧𝙖𝙧𝙚. 𝙇’𝙖𝙪𝙩𝙤-𝙙𝙖-𝙛𝙚́ 𝙚𝙨𝙩 𝙥𝙡𝙪𝙨 𝙨𝙤𝙪𝙫𝙚𝙣𝙩 𝙪𝙣𝙚 𝙘𝙚́𝙧𝙚́𝙢𝙤𝙣𝙞𝙚 𝙙𝙚 𝙧𝙚́𝙞𝙣𝙩𝙚́𝙜𝙧𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣 𝙦𝙪’𝙪𝙣 𝙢𝙖𝙨𝙨𝙖𝙘𝙧𝙚. 𝙇𝙖 𝙢𝙤𝙧𝙩 𝙚𝙨𝙩 𝙧𝙚́𝙨𝙚𝙧𝙫𝙚́𝙚 𝙖𝙪𝙭 𝙧𝙚𝙡𝙖𝙥𝙨 𝙚𝙩 𝙖𝙪𝙭 𝙞𝙢𝙥𝙚́𝙣𝙞𝙩𝙚𝙣𝙩𝙨, 𝙚𝙩 𝙘’𝙚𝙨𝙩 𝙡𝙚 𝙥𝙤𝙪𝙫𝙤𝙞𝙧 𝙨𝙚́𝙘𝙪𝙡𝙞𝙚𝙧 𝙦𝙪𝙞 𝙚𝙭𝙚́𝙘𝙪𝙩𝙚.
L͟e͟s͟ c͟o͟u͟r͟s͟ c͟i͟v͟i͟l͟e͟s͟ d͟e͟ l͟a͟ m͟ê͟m͟e͟ é͟p͟o͟q͟u͟e͟ p͟e͟n͟d͟e͟n͟t͟ e͟t͟ é͟c͟a͟r͟t͟è͟l͟e͟n͟t͟ p͟o͟u͟r͟ b͟i͟e͟n͟ d͟’͟a͟u͟t͟r͟e͟s͟ c͟h͟e͟f͟s͟,͟ e͟t͟ e͟n͟ b͟i͟e͟n͟ p͟l͟u͟s͟ g͟r͟a͟n͟d͟ n͟o͟m͟b͟r͟e͟.͟
Les chasses aux sorcières d’Europe du Nord — 40 à 60.000 morts selon Wolfgang Behringer — relèvent surtout de juridictions profanes, souvent protestantes, non du Saint-Office.
La légende inverse vient d’ailleurs :
- des Polémistes protestants du XVIe siècle,
- de la propaganda anglaise après l’Armada,
- de l’ancien inquisiteur espagnol, Llorente, passé à l’anticléricalisme en 1817 avec ses 31 912 brûlés pour la seule Espagne,
- du XIXe siècle anticlérical : le chiffre enfle jusqu’aux centaines de milliers, parfois aux millions. Les archives ouvertes, y compris celles du Saint-Office à la fin du XXe siècle, ne soutiennent pas cette arithmétique.
En résumé :
• dans la France médiévale (exemple de Gui, 1308-1323) : 42 remises au bras séculier sur 930 sentences.
• En Espagne (1478-1834) : ~125 000 procès ; ~1 % d’exécutions selon le colloque de 1998 ; 826 morts en personne et 778 en effigie sur 44 674 causes de 1540-1700 ; 3 000 à 5 000 exécutions en personne sur trois siècles et demi.
• Au Portugal : 5,7 % de condamnations à mort sur 13 000 procès du premier âge ; 1 183 exécutions en personne recensées dans les autos connus (1536-1794).
• En Italie romaine (après 1542) : 51 000 à 75 000 procès formels ; environ 1 250 condamnations capitales.
• À Goa, au Mexique, au Pérou : quelques dizaines d’exécutions documentées par tribunal, pas des milliers.
• Ensemble des Inquisitions d’Église, du XIIIe au XIXe siècle : quelques milliers d’exécutions en personne, non des centaines de milliers.
Rien de cela n’efface les victimes, ni la terreur réelle des premières décennies espagnoles, ni le caractère d’un appareil d’État autant que d’Église. Le colloque de 1998, voulu par Rome pour le Jubilé, a seulement rendu 𝐢𝐦𝐩𝐨𝐬𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐮𝐞𝐫 𝐚̀ 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐥’𝐈𝐧𝐪𝐮𝐢𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐦𝐚𝐜𝐡𝐢𝐧𝐞 𝐚̀ 𝐭𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐩𝐮𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞̀𝐫𝐞𝐬. Les chiffres, une fois les registres ouverts, sont obstinément modestes.
C’est cette réalité historique que la légende anti-catholique n’a jamais acceptée.
Sophie Bastide-Foltz
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