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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 08:02

Tout le monde fête Georges Brassens, mort le 29 octobre 1981 et  né le 22 octobre 1921, il y a exactement 100 ans. Nous nous associons aux hommages rendus à ce chanteur indémodable qui respire la liberté et la fraternité,  ce qui nous manque tant aujourd’hui. Avec ce texte du journaliste Vincent Trémolet de Villers.

 Claude Delorme/Universal Music/Gamma-Rapho

Une voix profonde et amicale qui sait faire couler les fontaines, déshabiller les femmes, boire les copains, voler les papillons, courser les gendarmes, botter le cul des vicaires, libérer les gorilles, tapiner les putes, moquer les cons, mourir les canes, sonner les trompettes. Brassens et son monde peuplent notre imaginaire comme les animaux des Fables de La Fontaine, les trognes des films des années 1950.(…)

Bien malin cependant celui qui pourrait revendiquer l’adhésion du chanteur à son mouvement. Ce contempteur du chauvinisme est enraciné auprès de son arbre ; cet anticlérical regarde vers le ciel ; ce libertaire ne milite jamais. (…) Lui qui se disait «anarchiste au point de toujours traverser dans les clous afin de n’avoir pas à discuter avec la maréchaussée». Au programme, donc: lit douillet le 14 juillet, accordéon, copains d’abord. Attachement aux usages ancestraux, détachement face aux mouvements de son temps: une forme d’anarchisme de civilisation. (…)

(Brassens …) a choisi de vivre «comme un escargot», en lui-même. Ses voyages sont intérieurs et le monde qui apparaît dans une rime, une corde de guitare est le fruit d’une longue rumination solitaire. Inapte à la vie sociale, à la mécanique du monde salarié (une malheureuse tentative chez Renault en témoigne), son esprit est entièrement concentré sur l’agencement des mots, le bon rythme, la note juste. Il ne lit pas de journaux, ne sait rien de l’actualité, ne court pas les salons. Le dénuement l’indiffère: il vit comme «un oiseau, un chat qui gratte à la porte pour qu’on le nourrisse un peu».(…)

Une généalogie familiale modeste, joyeuse, simple et dure au mal ; une généalogie amicale faite de copains inséparables ; une généalogie poétique peuplée de semi-voyous comme Villon, de semi-clochards comme Verlaine - une pléiade où l’on retrouve aussi Hugo, Apollinaire, Paul Fort, Antoine Pol. Une généalogie politique dans laquelle se croisent un père libre penseur et une mère dévote, le socialisme de Proudhon et l’anarchisme de Bardamu. «Je n’admire pas forcément des gens admirables, confiait Brassens. (…). Mais le plus grand écrivain du siècle, pour moi, c’est Céline.» (…)

C’est à Sète, sous le bleu presque grec du ciel occitan, qu’il faut se rendre pour le comprendre. Son père travaille comme maçon et partage avec sa mère, lingère, la passion de la chanson. Enfance heureuse, fenêtres ouvertes avec en fond sonore Ray Ventura et Charles Trenet. (…) Pour épater les filles, avec une bande d’adolescents, ils commettent de petits larcins (vol de bijoux). Les pieds nickelés se font coffrer. Le père de Brassens vient le chercher au commissariat (…). Une petite foule de badauds insulte les coupables. La mère subit les moqueries. Une agressivité qu’il retrouvera décuplée dans les rues du XIVe arrondissement, durant l’épuration, quand vient l’heure des tondues: «on passait avec des haut-parleurs disant: “Ce soir, le spectacle commence. ” On exposait des femmes et c’était un truc insupportable.» Il gardera de ces épisodes une défiance viscérale pour le groupe, la bêtise et la férocité de la foule et la certitude, au fond, d’être, pour toujours, de la mauvaise herbe.

Sous la plage de Sète, les pavés d’une impasse du XIVe arrondissement, l’impasse Florimond. C’est là que l’ours mal léché trouve un refuge à l’abri du monde: un îlot d’amitié, d’amour et de poésie. Chez Jeanne, la Jeanne de la chanson. Il a 20 ans, elle en a 50. Ils connaîtront ensemble les plaisirs du corps puis les richesses inestimables de la bohème. Son mari Marcel est doté d’un grand cœur et porté sur la bouteille. C’est lui qui inspirera «l’Auvergnat» (…).

Ce réduit est une arche dans laquelle Jeanne et Marcel recueillent tous les animaux abandonnés du quartier. Occupation, libération, reconstruction… Pendant que France est emportée dans les tourments de l’Histoire, Brassens lit Villon et Pascal, Balzac et Baudelaire, tout ce qui lui tombe sous la main. Il apprend le piano, la guitare et la versification. Il sait qu’il n’aura pas de métier, pas d’enfant puisqu’il sera poète ou chanteur. Une vocation, un sacerdoce. Poète ou chanteur? La poésie, à l’origine, est un chant. «Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Clery, Vendôme», «Dans les jardins de mon père, les lilas sont fleuris», ne sont-ils pas des vers magnifiques?

Brassens, pourtant, refuse de se faire appeler poète. Il aurait voulu l’être, il pense qu’il ne l’est pas. Il a décidé d’élever la chanson, cette rencontre entre la mélodie et la rime, à son sommet. «C’est le rythme du vers, disait-il, qui me dicte d’abord le mouvement. Exactement comme “Une poule sur un mur / Qui picote du pain dur / Picoti, picota…” Parce que c’est ça, au fond, la chanson, la chanson qui passe de bouche-à-oreille…» Un travail lent, obscur. Chez Jeanne, les amis passent, les chats se faufilent, le «petit bleu» coule dans les gosiers, ça sent le tabac: une atmosphère sereine, contemplative, ténébreuse, bucolique.

Un temps âpre que Brassens regrettera quand viendront les triomphes. Aux temps des succès, indifférent au jeu social, aux grandeurs d’établissements, il restera encore des années chez Jeanne. On cherche à l’enrégimenter: en vain. Dans la célèbre émission qui réunit, en 1969, Brel, Ferré et Brassens, il lâche: «Ne pas crier haro sur le baudet quand tout le monde crie “haro sur le baudet”, c’est déjà une forme d’engagement.»(…)

 «La mort, la mort toujours recommencée» : le mystère de fin le hante et lui inspire des chefs-d’œuvre - Le Testament, Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, Le Vieux Léon. Là encore, son humanité profonde vient attendrir la sécheresse du moraliste.

Dieu? Cet anticlérical le confie: «je suis quelqu’un qui doute et qui cherche.» Rédemption? La Chanson pour l’Auvergnat et surtout Pauvre Martin qui, avant de mourir, a «creusé lui-même sa tombe» et s’y est étendu «sans rien dire, pour ne pas déranger les gens» nous donnent une piste. Conservateur, Brassens? La poésie est d’abord une nostalgie.

Vincent Trémolet de Villers, dans Le Figaro Magazine du 13/08/2021

Merci à EVR

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22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 20:59

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22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 17:49

On peut regarder ou écouter des émissions sur Brassens. Lire des articles et des livres.

Le mieux, c'est quand même d'écouter ses chansons … 

Le choix de Petrus Angel :

Le parapluie

L'Orage

Le Petit Joueur de flûteau

Mourir pour des idées

 

A suivre ...

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18 octobre 2021 1 18 /10 /octobre /2021 16:48
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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 19:36

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 20:24

Entendu et (vu) sur Arte

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 20:03

Commenté ICI , en français ...

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 18:09

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16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 19:17

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12 juin 2021 6 12 /06 /juin /2021 19:29

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3 juin 2021 4 03 /06 /juin /2021 17:00

Il ne s'agit pas d'une nouvelle préparation de la pizza.

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22 mai 2021 6 22 /05 /mai /2021 07:15

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13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 21:55

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 09:12

Concert Exceptionnel

pour l’anniversaire de Rimsky-Korsakov

né le 6 mars 1844

“La Boyarina Vera Cheloga”

«Боярыня Вера Шелога»

Ce Dimanche 7 mars 2021 à 13h (de Paris)

Pour la retransmission : CLIQUEZ

Vu sur Artcorusse

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12 février 2021 5 12 /02 /février /2021 08:39

L'air (arrangé) de la Mélodie du Bonheur , avec Julie Andrews et Christopher Plummer 

A partager, non ?

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 09:47

Pour la Noël venue
Nous faudrait des lumières
Nous faudrait des prières
Mais nous ne savons plus
Ne savons plus les dire
Ne savons plus sourire
Pour les Noëls d'antan
Nous n'avons plus le temps
Vous risquez d'être bien laid.

La suite ...

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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 17:56

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 10:04
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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 08:06

C'était tout récemment sur ARTE, et on peut revoir le concert de 1987 ICI

 

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 09:58
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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 16:01
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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 12:36

 

Le Club des Amis de l’Art Lyrique et sa conférencière Julia Le Brun vous invitent à la découverte de grandes figures féminines du répertoire lyrique, à travers l’analyse de 11 œuvres issues de diverses périodes de l’histoire de l’opéra. 

Héroïne, rédemptrice, victime sacrifiée, gracieuse soubrette, dangereuse séductrice… La diversité des personnalités féminines à l’opéra est absolument fascinante. Leur tempérament, le rôle qu’elles sont amenées à jouer dans l’action dramatique, tout cela est le reflet à la fois du cadre social dans lequel l’œuvre a vu le jour, mais aussi des préoccupations et idéaux personnels des compositeurs : les  femmes de Mozart ne sont pas celles de Wagner ni de Massenet ou Puccini.

Ce cycle de conférences se propose donc d’explorer en détails la diversité et l’évolution des images de la femme véhiculées par l’opéra à travers les siècles et les pays, de l’époque baroque jusqu’au début du XXème siècle.

25 sept. 2020 - Alcina de Haendel : magicienne amoureuse… et dangereuse

2 oct. 2020 - La Flûte Enchantée : un appel de Mozart à la réhabilitation de la femme

13 nov. 2020 - Lucia di Lammermoor de Donizetti : le refuge dans la folie

La suite...

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 08:52

et d'autres bons moments avec Sydney Bechet ICI ...

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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 09:50

La météo de la télé vue hier ne nous a pas invité à fêter les Ignace. Dommage. Pensez aujourd'hui à tous les Ignace que vous connaissez ...

Retrouvez la chanson dans Ignace - le film - ICI (7e mn).

 

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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 08:48

Le maestro italien s’est éteint ce lundi 6 juillet 2020.

Retour en podcast sur quelques émissions consacrées à Ennio Morricone diffusées récemment ou au cours des dernières années.

Ennio Morricone

 

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